Alors qu’on ne pourrait voir dans les cartes que des morceaux de papier apportant des informations plus ou moins utiles et plus ou moins désuètes, très souvent les cartes sont considérées comme de beaux objets porteurs d’émotion. C’est sans doute parce que, même quand on ignore ce qu’elles recèlent d’information, on ressent le soin et la passion qui ont présidé à leur fabrication. Grâce à elles nous allons suivre la découverte du Nouveau Monde par les Français.
La découverte du Nouveau Monde par les Français
Les peuples d’Occident, se trouvaient devant la nécessité d’ouvrir de nouvelles routes maritimes pour contrecarrer les Ottomans qui avaient le monopole du commerce, par la route de l’Orient, vers les Indes. Les Portugais, avec Henri le Navigateur, choisirent la route de l’Afrique et Bartolomeu Dias franchit le cap de Bonne-Espérance en 1487 et, en 1498, Vasco de Gama atteint les Indes. Plutôt que de contourner l’Afrique, les Espagnols choisirent de naviguer vers l’Ouest en supposant que la terre était ronde et la côte ouest de l’Inde relativement proche. Ainsi Christophe Colomb découvrit l’Amérique en 1492 et Magellan, en 1520, ouvre le passage vers les Indes par le sud de l’Amérique.
Tout occupé à guerroyer en Italie et, sur le territoire français, par les guerres de religion, le royaume de France ne s’est lancé que tardivement dans la conquête du Nouveau Monde. Enfin, l’attrait des richesses ramenées par les Espagnols, et le succès du pirate Jean Fleury de Honfleur qui ravit aux Espagnols les richesses prises à l’empereur Inca Moctézuma décida le roi François Premier à lancer la première mission française d’exploration de l’Amérique du nord. Du point de vue politique, il s’agissait pour le roi de prendre de vitesse l’empereur Charles Quint et d’anéantir le traité de Torsillas par lequel le Pape donnait à l’Espagne la propriété de toutes les terres nouvellement découvertes et à découvrir. Alors fut institué, à la place du droit divin, un droit du plus fort à prendre officiellement possession d’une portion de territoire nouvellement découvert, sans que les droits des occupants originels fussent le moins du monde pris en compte. Du point de vue économique c’est le besoin d’or pour faire marcher l’économie et de matières de luxe pour le commerce qui motivèrent cette aventure. Giovanni Verrazano, marin d’origine italienne fut commissionné par François premier pour partir à la recherche d’une nouvelle route vers la Chine « le passage du nord-ouest » qui ne fut découvert que beaucoup plus tard. Ce sont des capitaux privés, ceux des banquiers Italiens installés en France, qui financent l’opération. Verrazano quitte le port en 1523 et atteint en 50 jours le 34° degré de latitude nord à la hauteur de l’actuelle Caroline du Nord et du cap Fear. Il donna son nom a l’isthme au sud du cap Hatteras et toute la terre découverte fut nommée Francesca en hommage au roi. Ce terme avec ceux de Nova Gallia ou Nova Francia furent repris par les cartographes et le terme Nouvelle - France s’imposa. Verrazano de retour rapporta l’impression très favorable que lui donnaient les terres découvertes : lieux propices à l’installation de grands ports et au développement de villes, richesses minérales, poissons en abondance, cependant, la nouvelle route vers la Chine restait à découvrir. Verrazano mourut en 1528 au cours d’un nouveau voyage d’exploration, mais il avait été à la base de l’activité de la pêche à la morue et de la chasse à la baleine par la flotte de pêche française et des futures conquêtes de territoires.
À la recherche du passage pouvant conduire directement à la Chine, Jacques Cartier, explorateur français, prit possession du Canada au nom du Roi de France, François 1er, en 1534. Il découvrit le fleuve Saint-Laurent l’année suivante. « Le fleuve » fut la principale voie de communication en Nouvelle France et l’unique voie de pénétration à l’intérieur du continent nord-américain. C’est sur son cours que furent fondées les principales implantations françaises au Canada.
Champlain, explorateur et colonisateur français, installa en 1608, la première colonie européenne, nommée Québec (aujourd’hui la ville de Québec). Il explora une partie des Grands lacs de 1615 à 1616. Lors de ses expéditions, il comprit l’intérêt de nouer des relations pacifiques avec les Amérindiens et d’adopter leur moyen de transport, le canot d’écorce pour parcourir ces régions. Il se consacra à la mise en valeur de la nouvelle colonie, dont il fut nommé lieutenant-gouverneur par le duc de Montmorency en 1619. Un lac situé à la frontière du Vermont et de l’état de New York porte son nom.
Depuis le milieu du XVII e siècle, la Nouvelle-France prend de l'ampleur grâce au développement des colonisations le long du Saint-Laurent et par la mise en valeur économique du pays par l’intendant Jean Talon : exploitation des forêts, commerce maritime avec les Antilles. Elle comprit cinq colonies sous administration française : le Canada, l’Acadie, la Baie d’Hudson, Terre-Neuve, et la Louisiane.
En 1713, lors du traité d’Utrecht qui mettait en place les relations entre la France et l’Espagne, d’une part et l’Angleterre, la Hollande et l’Empereur d’Allemagne, d’autre part, la baie d’Hudson, l’Acadie et l’essentiel de Terre-Neuve sont cédés à l’Angleterre. La guerre de sept ans, de 1756 à 1763, confirme le déclin de la colonisation française quand les Anglais s’emparent de Québec et de Montréal. Le Canada est cédé à la Grande Bretagne en 1763 par le traité de Paris. La louisiane est vendue aux États-Unis par Napoléon Bonaparte en 1803.
Caroline Jorrand, conservateur du musée d’art et d’archéologie de Laon. Les sources de l’exposition