Le 30 juin 1769, Jean-Louis Desharbes, prêtre de la paroisse de Saint-Jean au Bourg, de la ville de LAON, baptise le fils d’Augustin Bourguignon d’HERBIGNY et de Louise Angélique BLONDELA, né « hier ». Ce fils se nomme Pierre Augustin, ses parents habitent au 1 rue Saint-Martin, appelé le Petit Saint-Vincent, lieu de sa naissance. Augustin d’HERBIGNY tient le pensionnat – fondé par son beau-père – à partir de 1781, établi dans ces mêmes lieux.
Pierre Augustin est le fils aîné de la famille : il a de nombreux frères et sœurs dont :
- Jean Louis Alphonse, né en février 1771, qui est aide de camp du général Sérurier. Il meurt sur les glacis de Venise pendant la campagne d’Italie de Bonaparte en 1798.
- Jean-Pierre-François Xavier (1772-1846) qui est recteur de l’académie de Grenoble en 1816, puis de Rouen l’année suivante. En 1820, il devient secrétaire général de la préfecture du Nord, mais est relevé de ses fonctions à la fin de l’année. P-F Xavier Bourguignon d’HERBIGNY est connu pour ses talents d’écrivain et de polémiste. En 1825, il fait paraître « Les nouvelles lettres provinciales » qui lui valent une condamnation ; il se réfugie aux Pays-Bas pour se soustraire à la sentence. Son écrit est détruit parce qu’il contient « des outrages à la religion de l’Etat et à la dignité royale ». Il publie la même année la « Revue politique de l’Europe ». Il vit ensuite dans sa propriété près de Lille jusqu’à sa mort.
- Antoine Valéry (1780-1862) qui embrasse la carrière des finances dès 1806. il occupe divers postes à travers la France et termine sa carrière à Arras. Membre de nombreuses sociétés académiques, il compose des contes, des récits en vers ainsi que des fables.
- Casimir (1784-1837), militaire, qui sert l’Empire dans la marine, puis passe en Amérique après la Restauration : il devient commandant d’un fort en Louisiane.
- Lucie qui épouse un militaire dont les faits d’armes ont lieu à Laon et Ham.
La famille d’HERBIGNY habite aussi au 32 de la rue Sainte-Geneviève (aujourd’hui Musée Municipal d’Art et d’Archéologie) avant 1792, date à laquelle la maison est confisquée. En 1795, la famille loue la maison du 11 rue du Bourg, propriété de Maximilien Melleville, beau-frère d’Augustin d’HERBIGNY.
Né en 1741, Augustin, marchand libraire, vient de Sedan pour être maître de pension en 1768. Pendant la période révolutionnaire, il occupe plusieurs postes importants : il préside le directoire du département de 1795 à 1796, puis est désigné par le gouvernement comme président provisoire de l’administration municipale en septembre 1797, et élu en avril 1798. Il reste en place jusqu’en 1799.
En 1790, Pierre Augustin Bourguignon d’HERBIGNY quitte la France pour le nouveau monde : il passe de la Martinique à Saint-Domingue avec Pierre Charles de Hault de Lassus, marquis de Luzières, trésorier des états de Valenciennes, originaire de Bouchain dans le Nord.
Le 29 juin 1791, Pierre Augustin Bourguignon d’HERBIGNY épouse à Pittsbugh Félicité Odile de Hault de Lassus. Ensemble, ils passent du pays des Illinois, au Missouri, à la Floride, puis s’installent à la Nouvelle-Orléans vers 1800.
Depuis 1763, le sort de la Louisiane est scellée, une partie est devenue colonie espagnole, l’autre fut livrée aux anglais. Cependant, l’Espagne remet la Louisiane à la France – suite au traité secret de San Ildefonso, signé le premier octobre 1800 – en mars 1802, par le traité d’Amiens.
Pierre Clément de Laussat est nommé préfet colonial et arrive à la Nouvelle-Orléans en mars 1803. A ce moment, Pierre DERBIGNY (c’est à partir de cette époque que son nom est orthographié sans H ni apostrophe), est interprète officiel auprès des autorités espagnoles. Le préfet Laussat nomme Etienne de Boré, maire de la Nouvelle-Orléans, et Pierre DERBIGNY secrétaire de la municipalité. Il devient un acteur connu et reconnu de la vie publique et politique du Territoire d’Orléans, puis de la Louisiane.
Cependant, à Paris, Bonaparte ordonne à François Barbé-Marbois, ministre du Trésor, de négocier avec l’ambassadeur américain à Paris, sur le devenir de la Louisiane. Les négociations sont rapides et l’accord de vente est conclu le 30 avril 1803 : la Louisiane devient américaine pour 80 millions de francs. Le traité franco-américain est ratifié en octobre par le Congrès, et la passation de pouvoir se fait en décembre.
Les talents linguistiques de Pierre DERBIGNY attirent l’attention du nouveau gouverneur américain William C.C. Claiborne qui le nomme interprète pour le gouvernement américain. De 1803 à 1812, le Territoire d’Orléans n’a pas le rang d’Etat et DERBIGNY est très actif dans la politique du Territoire.
Ainsi, en 1804-1805, il fait partie de la délégation envoyée par les marchands et les planteurs, à Washington pour apporter une requête au Congrès, dite « Remontrance de la Louisiane ». Plusieurs points sont abordés : pourquoi avoir séparé le territoire au nord du 33ème degré (territoire appelé Louisiane, avec comme capitale Saint-Louis)? pourquoi les habitants ne sont pas incorporés immédiatement dans l’Union comme citoyens américains afin de pouvoir jouir de tous leurs droits ? pourquoi le gouverneur est nommé par le Congrès américain, gouverneur qui ne connaît pas le pays, les habitants, leurs habitudes, leur langue, leurs lois ? la traite des noirs : pourquoi l’interdire alors qu’elle est possible dans d’autres territoires et qu’elle est indispensable pour les cultures, l’entretien des digues ? pourquoi avoir imposé le changement de la langue dans l’administration pour une population qui ne parle que français ? La mission s’achève sur un échec.
Cependant, Pierre DERBIGNY de retour à la Nouvelle-Orléans, joue un rôle clef en s’opposant à l’introduction de la loi commune anglo-américaine dans le Territoire.
En 1807, il est l’auteur du « Mémoire à consulter sur la réclamation de la batture située en face du faubourg Sainte-Marie de la Nouvelle-Orléans ». Il s’agit d’une opposition à propos d’une terre alluviale du Mississippi connue sous le nom de « Batture de la Nouvelle-Orléans ». DERBIGNY est le principal avocat pour le droit public à la batture contre les prétentions à la propriété privée. Il mène l’opposition au droit coutumier britannique sur le Territoire d’Orléans, contribuant au maintien des usages de droit civil établis pendant les périodes coloniales françaises et espagnoles.
En 1805, Pierre DERBIGNY devient membre de la première législature et secrétaire d’Etat, et dans le même temps, régent des écoles centrales et primaires de la Nouvelle-Orléans.
Le gouverneur W.C.C. Claiborne prête une attention particulière à l’éducation : en plus de l’enseignement primaire et secondaire, il s’intéresse à l’instruction des filles et aussi pose la base de la création de bibliothèques publiques. Cependant aucun crédit n’est voté pour appliquer cette politique scolaire. L’Etat accorde en 1811 une subvention aux structures d’éducation, notamment pour la fondation du Collège d’Orléans dont Pierre DERBIGNY aide à la création – première institution d’Enseignement supérieur en Louisiane. Pourtant les subsides pour le fonctionnement ne viennent pas facilement : le recours aux loteries est courant, mais cela ne suffit pas. En 1826, le Collège d’Orléans ferme ses portes.
En 1812, le Territoire d’Orléans accède au rang d’Etat, sous le nom de Louisiane. Pierre DERBIGNY devient secrétaire du Sénat de Louisiane, puis est nommé juge à la Cour Suprême de Louisiane de 1814 à 1820. Il acquiert sa stature d’homme de loi.
Lors de la deuxième Guerre d’Indépendance (1812-1815), Pierre DERBIGNY s’engage comme simple soldat dans la compagnie de cavalerie du capitaine Chauveneau.
A partir de 1819, il collabore avec Edward Livingstone et Louis Moreau-Lislet à la révision du Code Civil de Louisiane, adopté en 1808 comme un résumé des lois en vigueur. Se servant de ses connaissances du Code napoléonien, il mène à bien le projet en 1823. Ce travail sert de base au Code Civil de 1825 et reste en vigueur jusqu’à la fin de la guerre de Sécession.
En 1820, Pierre DERBIGNY démissionne de la Cour Suprême de la Louisiane pour se présenter à la 3ème élection du gouverneur de Louisiane, soutenu par les créoles (descendants des familles françaises et espagnoles). Soutenu par Bernard Marigny, membre influent de la communauté créole, il est opposé à Thomas Bolling Robertson (soutenu par les américains). Il est battu mais devient Secrétaire d’Etat de la Louisiane de 1820 à 1828, et contribue à modérer les tensions entre créoles et américains. Par ailleurs, il soutient la politique nationale de John Quincy Adams, président des Etats-Unis d’Amérique de 1825 à 1829.
Ami proche de La Fayette, Pierre DERBIGNY l’accueille lors de son voyage à la Nouvelle-Orléans en 1825 : de nombreuses festivités sont réservés à ce héros, et 15 000 dollars sont alloués au comité d’organisation. Le 11 avril, le général La Fayette reçoit la visite des membres de la législature, des membres du barreau parmi lesquels se trouve Pierre DERBIGNY qui déclare :
« La génération présente se félicite d’avoir à contempler un spectacle aussi touchant, aussi sublime. On voit de temps à autre des solennités pompeuses où les puissans de la terre étalent leur faste aux yeux d’une multitude éblouie ; jamais encore on n’avait vu, jamais peut-être on ne verra plus tout un peuple d’hommes libres, se lever spontanément en masse, pour apporter aux pieds d’un individu sans pouvoir, l’hommage de la gratitude et de leur affection. Jouissez de leur reconnaissance, c’est une récompense digne de vos vertus. Puisse-t-elle à jamais servir d’encouragement à tous les cœurs honnêtes qui aspireraient à vous imiter ! et puisse-t-elle faire le désespoir et la honte des hommes orgueilleux et égoïstes qui ne font usage du pouvoir que pour l’asservissement du genre humain ! ». De plus, Pierre DERBIGNY est le représentant légal du général pour toutes ses affaires en Louisiane.
En 1826, Pierre DERBIGNY fait construire une vaste demeure pour sa nombreuse famille, sur la rive droite du Mississippi à Nine Mile Point, où il possède une terre de 1500 acres. Avec son épouse Félicité de Hault de Lassus, il a sept enfants :
Charles Zénon DERBIGNY (1792-1874) : il étudie la médecine à Paris, rentre en Louisiane et poursuit des études de droit. A la mort de son père, Il devient l’homme de confiance du général La Fayette pour ses affaires en Louisiane.
Charles DERBIGNY occupe différentes fonctions électives, notamment comme président du Sénat de l’Etat. En 1845, il est candidat malheureux au poste de gouverneur de Louisiane.
Il possède plusieurs plantations de sucre, celle de la paroisse Jefferson à la Nouvelle-Orléans (qui lui vient de son père), celle du bayou Lafourche, une autre à Gretna. La guerre de Sécession le ruine, il décède à 81 ans dans sa plantation de la Nouvelle-Orléans.
Félix DERBIGNY (1794-1811) : il étudie à Paris avec son frère Charles. Il décède de la fièvre jaune lors de son retour en Louisiane.
Aimée DERBIGNY, Odile DERBIGNY, Lucie DERBIGNY, Emilie DERBIGNY, Blanche DERBIGNY (1809-1824) se marient et ont de nombreux enfants.
Le 7 juillet 1828, Pierre DERBIGNY est élu gouverneur de la Louisiane contre Thomas Butler, Bernard Marigny et Philémon Thomas.
Lors de son discours d’investiture prononcé le 12 décembre 1828, il insiste sur la nécessité d’améliorer les modalités de fonctionnement des institutions en terme de dépenses publiques, défend l’idée d’une éducation populaire.
Pour Pierre DERBIGNY, il est nécessaire de constituer une compagnie d’éclairage au gaz pour la Nouvelle-Orléans, ainsi que plusieurs compagnies de navigation pour la Nouvelle-Orléans et les importants bayous de l’Etat. Il relève le défi de la construction, de la réparation et de la surveillance des digues pour prévenir tout risque d’inondation par les eaux du Mississippi.
Au cours de son mandat, Pierre DERBIGNY travaille à modérer les tensions entre créoles et américains, en « laissant de côté toutes les animosités, toutes les distinctions d’origine et de langue ».
Le 6 octobre 1829, après dix mois de fonction Pierre DERBIGNY est projeté d’une voiture à chevaux et décède trois jours plus tard à Gretna. Il est enterré au cimetière Saint Louis n°1 à la Nouvelle-Orléans.
Pierre DERBIGNY a marqué la vie louisianaise par la réforme du Code Civil, s’inspirant du code napoléonien, par le travail qu’il a fourni dans ses différentes charges politiques, par son action en faveur de l’éducation qui chemine toute sa vie publique et raisonne en écho dans la famille DERBIGNY, avec son père principal de collège à Laon, avec son frère Xavier, recteur d’Académie.
Son souvenir reste présent en Louisiane à travers le nom de rues à La Nouvelle-Orléans, Gretna, Metairie.
ARCHIVES
Archives Départementales de l’Aisne :
Registre paroissial Saint-Jean au Bourg de la ville de Laon, série GG 23.
Registre paroissial Sainte-Geneviève de la ville de Laon, série GG 19.
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